Points clés :
- Le programme de doctorat E4LIFE de l’université Amrita est une initiative interdisciplinaire entièrement financée qui permet à des chercheurs du monde entier de vivre dans des communautés pauvres des zones rurales de l’Inde afin de développer des solutions durables s’appuyant sur la technologie.
- Niloofar Abed, originaire d’Iran, fait partie de la première promotion à avoir obtenu son diplôme, ce samedi. Elle a mis au point un système d’intelligence artificielle alimenté par l’énergie solaire pour protéger les cultures contre les attaques d’animaux tout en garantissant leur bien-être.
- Motivé par une transformation personnelle et un engagement au service désintéressé, le travail de Niloofar illustre la vision d’Amrita en matière de recherche interdisciplinaire sur le terrain, pour le développement rural et la
Originaire de Shiraz, en Iran, Niloofar Abed contribue au développement d’une technologie remarquablement innovante en faveur du village isolé de Harirampura, au Rajasthan. Son travail s’inspire de la vision d’Amma, qui consiste à harmoniser un développement durable pour l’humanité avec le bien-être des animaux dans leur habitat naturel.
Niloofar fait partie de la première promotion de doctorants du programme E4LIFE de l’université Amrita. Leur remise de diplômes a été célébrée début août sur le campus d’Amritapuri. Parmi les 23 chercheurs, 16 viennent de l’étranger, notamment du Ghana, d’Iran, du Nigeria, de Tanzanie, d’Ouganda, du Royaume-Uni, de Zambie et du Zimbabwe.
Guidée par la vision d’Amma, l’université consacre chaque année 5,1 millions de dollars au financement de 100 bourses d’études destinées à des étudiants qui se consacrent à l’élaboration de solutions durables pour l’Inde rurale. Ces chercheurs, qui représentent un large éventail de disciplines, notamment l’ingénierie, les sciences sociales, les sciences de la santé et les études environnementales, mènent des recherches rigoureuses sur le terrain, sur place, dans les villages de toute l’Inde.

Le travail de Niloofar vise à protéger à la fois la communauté et la faune sauvage environnante, afin qu’elles ne se nuisent pas mutuellement. Comment s’y prend-elle ? Sa recherche s’intitule : « Développer des mécanismes de défense spécifiques à chaque espèce pour améliorer la protection des exploitations agricoles, les moyens de subsistance durables et la sécurité alimentaire ».
Niloofar et son équipe travaillent avec les agriculteurs de Harirampura pour trouver de nouveaux moyens de protéger leurs cultures contre les attaques d’animaux, en particulier les sangliers et les nilgais, les plus grandes antilopes d’Asie.
Au cœur de ce projet se trouve la création d’un système visionnaire, tant pour les populations que pour la faune sauvage : un réseau de surveillance alimenté par l’énergie solaire qui fonctionne 24 heures sur 24 pour envoyer des alertes aux agriculteurs lorsque des menaces se rapprochent. Si les animaux s’approchent des cultures, le système émet également un bruit pour les repousser.
Niloofar a obtenu une licence et un master en Mécanique des Biosystèmes à l’université de Shiraz et a travaillé dans les industries pétrolière, gazière et pétrochimique : « Le droit des agriculteurs à protéger leurs cultures et, par conséquent, leurs moyens de subsistance, doit être exercé en harmonie avec le bien-être des animaux.C’est clairement le destin qui m’a amenée ici, dans le domaine du développement durable. Un jour, au travail, debout près du torchage de gaz, j’ai regardé l’eau de l’océan, qui aurait pu être un écosystème marin florissant. Ce que j’ai vu n’était que destruction : des poissons flottant sans vie, des plantes mortes dérivant dans des eaux polluées », raconte Niloofar.
« Ce fut un moment de prise de conscience. Je faisais partie d’une industrie qui prenait plus à la nature qu’elle ne pouvait lui rendre. Cette expérience a changé quelque chose en moi. J’ai commencé à m’interroger sur le coût du progrès industriel et à réfléchir aux ressources naturelles, à la conservation de la biodiversité et à la responsabilité que nous avons envers les générations futures. »
En entendant parler de l’École Amrita pour des Avenirs Durables, Niloofar a été fascinée par son concept de consensus et de résolution collective des problèmes pour trouver des solutions durables qui ne nuisent pas à la planète. Elle a découvert sa propre passion pour la création d’innovations technologiques qui transforment la vie rurale et mènent à un monde meilleur pour tous.
Le bien-être animal au cœur du développement durable :
Le travail de Niloofar à Harirampura a commencé par un stage Live-in-Labs (En 2013, Amma a considérablement élargi son action humanitaire pour venir en aide aux villages pauvres de toute l’Inde.)
À son arrivée, Niloofar a constaté les multiples défis auxquels les habitants sont confrontés face au changement climatique : pénurie aiguë d’eau, moussons irrégulières et installations d’irrigation insuffisantes.
Les agriculteurs lui ont raconté plusieurs histoires d’attaques d’animaux sur les cultures et lui ont parlé de leur sentiment d’impuissance. Cela en faisait l’une des menaces les plus importantes pour la productivité agricole, en particulier pendant la période des récoltes. Plus de 90 % de ces attaques se produisant pendant la nuit, il était donc difficile de les prévenir.
Niloofar connaissait bien l’approche de l’université Amrita en matière d’autonomisation des villages. Le principe est de ne pas imposer de solutions, mais de créer une culture de responsabilité partagée et de renforcer la résilience. Les équipes s’appuient sur les systèmes de connaissances indigènes, et en outre elles collaborent avec les membres de la communauté pour trouver des solutions durables.
Des consultations avec la communauté ont été engagées. Un consensus a été atteint : les animaux de Harirampura devaient rester en sécurité. Niloofar a déclaré : « Je suis tout à fait d’accord avec les villageois qui sont de fervents défenseurs des droits des animaux. Les animaux ont désespérément besoin de nourriture pour survivre et ne devraient pas être victimes de discrimination.
Le droit des agriculteurs à protéger leurs cultures et, par conséquent, leurs moyens de subsistance, doit être en harmonie avec le bien-être des animaux. Je trouve inacceptable que les humains mettent en danger la vie d’autres formes de vie sur terre. »
Afin de garantir la participation et le soutien de toute la communauté à ces solutions, Niloofar a cherché à trouver un équilibre entre la protection des cultures et la préservation de la faune sauvage, reconnaissant l’importance écologique des nilgais et des sangliers dans l’écosystème local.

Le prototype était prêt : un système de protection des cultures polyvalent et alimenté à l’énergie solaire, capable de repousser les animaux et d’assurer une surveillance en temps réel, permettant également de réagir rapidement aux menaces potentielles.
Grâce à une technologie avancée de détection d’objets et d’analyse en temps réel, le système pourra identifier automatiquement les animaux intrus et activer des dispositifs de dissuasion non nocifs pour les éloigner des fermes et des cultures.
Équipé d’une connectivité IA et IoT (l’internet des objets), l’appareil permet aux utilisateurs de surveiller leurs champs en temps réel grâce à une application dédiée, leur donnant un contrôle total sur le système et ses mécanismes de dissuasion.
Mécanisme de zone de récupération
Au-delà de la simple répulsion des animaux, ce travail révolutionnaire introduit un mécanisme de zone de récupération unique en son genre. Les animaux déplacés sont guidés vers une zone sûre où ils peuvent se reposer, se détendre, récupérer, avant de réintégrer leur habitat naturel. Cela soutient davantage la coexistence pacifique entre agriculteurs et faune sauvage.
Cela signifie également que le système de Niloofar ne concerne pas seulement sa propre innovation en matière de développement durable mais aussi les droits de toutes les espèces sur Terre.
Après des tests concluants, cette solution basée sur l’IA marque une étape importante vers une agriculture durable, équilibrant la conservation de la faune sauvage et la sécurité alimentaire.
Une technologie pour le bien-être de tous
En comprenant le fonctionnement du produit, les agriculteurs ont été reconnaissants de voir disparaître leur stress nocturne, améliorant ainsi leur santé et le bien-être général de leurs communautés. Grâce à ce gadget intelligent, les hommes n’avaient plus aucune raison de quitter leur famille la nuit pour prendre soin de leurs cultures.
Ce système efficace de protection des cultures permettrait de réduire les pertes, d’augmenter les revenus agricoles, de réduire l’insécurité alimentaire et de garantir les moyens de subsistance, ce qui contribuerait à améliorer la santé et l’éducation des femmes.
Niloofar est passionnée par le fait d’avoir atteint les résultats escomptés. Elle conclut : « Ce qui me motive, c’est de voir l’impact positif sur la vie des gens. Mon père avait une devise qui a défini notre éducation : forger le caractère humain et vivre au service des autres.
Dès notre plus jeune âge, il nous a encouragés à poursuivre nos études avec détermination et à partager généreusement toutes nos connaissances, nos compétences et notre expérience, tout comme la nature, qui donne librement et inconditionnellement à tous. Ce principe m’a toujours accompagnée. J’ai toujours été profondément engagée dans la voie que j’ai choisie et dans les objectifs que je me suis fixés. »
Article paru le 5 août 2025