Le 29 août 2000, à l’occasion du Sommet du Millénaire pour la Paix dans le Monde qui a réuni des chefs religieux et spirituels dans la salle de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, Amma a expliqué dans sa langue maternelle, le malayalam, que, pour faire changer le monde, nous devons d’abord nous changer nous-mêmes.
Amma reste la seule et unique intervenante à s’être exprimée en malayalam – dans un lieu où sont débattus les défis les plus urgents et les aspirations les plus élevées pour l’humanité. L’Assemblée générale des Nations Unies (AGNU) en constitue le principal organe de délibération. 193 États membres y disposent chacun d’une voix.
À l’aube du nouveau millénaire, les Nations Unies ont accueilli 1 000 leaders religieux pour examiner comment les défenseurs du dialogue interconfessionnel peuvent coopérer avec les membres des Nations Unies pour trouver des solutions en faveur de la paix, de la lutte contre la pauvreté, de la préservation de l’environnement et du développement durable, fondées sur des valeurs universelles.
Amma a souligné les besoins cruciaux du moment, expliquant que « les nations devraient avoir honte que des gens meurent de faim ou souffrent de pauvreté n’importe où dans le monde. »
Comme à son habitude, elle a par la même occasion partagé les mesures concrètes que les chefs spirituels et les membres de l’ONU pourraient prendre afin de renforcer les efforts en faveur de la paix tout en intégrant les valeurs universelles telles que l’amour, la compassion et l’unité.
« Toutes les grandes religions ont une sagesse et une beauté infinies à partager. Au lieu d’essayer d’attirer plus de fidèles, les religions devraient créer un environnement au sein duquel chacun puisse accepter avec sagesse les nobles idéaux de toute religion. »
Après l’allocution inaugurale de Kofi Annan, alors Secrétaire général des Nations Unies, diverses traditions comme le bouddhisme, le christianisme, l’islam, l’hindouisme, le judaïsme, le jaïnisme, le sikhisme, le zoroastrisme, les religions indigènes et bien d’autres, ont envisagé une marche à suivre.
Alors qu’elle revenait de l’aéroport de Cochin pour se rendre à Amritapuri quelques jours plus tard, des personnes ont accueilli Amma avec enthousiasme sur la route, certaines allumant des pétards pour annoncer son arrivée. Les foyers – indépendamment de leur religion ou de leur caste – l’ont honorée selon la tradition en allumant des lampes à huile, en brûlant de l’encens et en agitant du camphre devant leurs maisons.
Tandis qu’Amma se rapprochait de l’ahsram, il a fallu presque quatre heures pour parcourir en voiture les sept derniers kilomètres le long de la côte. La joie des villages voisins reflétait la fierté qu’ils ressentaient à présenter les valeurs de leur culture antique au monde entier. Le respect et les honneurs qu’Amma avait reçus de cette vénérable institution internationale les rendaient heureux.

Le discours d’Amma :
« Nous sommes entrés dans le nouveau millénaire avec de grands espoirs et de grandes attentes de changement. Mais même si les chiffres de l’année sont différents de ceux des années précédentes, rien n’a véritablement changé par essence. Le véritable changement doit se produire à l’intérieur de nous.
Ce n’est que lorsque les conflits et la négativité disparaissent de l’intérieur que nous pouvons jouer un rôle véritablement constructif dans l’établissement de la paix. Avec cet objectif de paix à l’esprit, les inestimables efforts entrepris par les Nations Unies pour réunir les nations, créant ainsi la paix et l’harmonie, méritent de nombreuses éloges.
La beauté inhérente qui réside dans la diversité
Les termes « nation » et « religion » impliquent en eux-mêmes la division et la diversité. Cette diversité peut sembler créer des obstacles pour promouvoir la paix, le bonheur et la prospérité dans le monde. Pourtant, en réalité, c’est cette diversité qui apporte richesse et beauté au monde et à la vie humaine – tout comme un bouquet de fleurs de diverses couleurs est plus beau qu’un bouquet de fleurs identiques.
Il y a une vérité unique qui rayonne dans toute la création. Les rivières et les montagnes, les plantes et les animaux, le soleil, la lune et les étoiles, vous et moi – ne sont que des expressions de cette réalité unique. C’est en assimilant cette vérité dans nos vies et en approfondissant ainsi nos connaissances que nous pouvons découvrir la beauté inhérente à cette diversité.
En travaillant de concert comme une famille mondiale, et pas simplement en appartenant à une même race, religion ou nation, la paix et le bonheur prévaudront à nouveau sur cette Terre imbibée des larmes de la division et du conflit.
Sécher les larmes de la tourmente
Lorsque je voyage à travers le monde, des gens viennent me voir et me font part de leur chagrin. Certains m’ont raconté que leur mari, femme ou enfant avait perdu la vie lors d’un conflit religieux. Il s’agissait parfois d’un combat entre Hindous et Musulmans, d’autres fois entre Hindous et Chrétiens ou Chrétiens et Musulmans.
C’est tellement douloureux à entendre. Les gens se battent car ils n’approfondissent pas leur religion. Nos liens avec la religion, la société ou le pays ne doivent pas nous faire oublier nos valeurs humaines fondamentales.
Personne n’est une île isolée ; nous sommes tous des maillons de la grande chaîne de la vie. Tout comme la main droite se tend pour aider la main gauche lorsqu’elle est blessée, nous devrions éveiller en nous la capacité à ressentir les souffrances de tous les êtres comme si c’étaient les nôtres, avec un désir ardent de les réconforter.
D’où surgissent les conflits ?
Nous vivons à une époque où la science et la communication moderne ont transformé le monde en une petite communauté, réduisant les barrières du temps et de l’espace. Les dernières évolutions apparues dans le domaine des télécommunications nous permettent d’être instantanément informés des événements survenant n’importe où dans le monde. Les événements qui se produisent à un endroit du globe affectent l’ensemble de la planète dans une plus ou moins grande mesure.
Le monde s’est rapproché grâce aux technologies, mais nous n’avons pas rapproché nos cœurs. Par exemple, même si les membres d’une famille sont physiquement proches, ils fonctionnent souvent comme des îles isolées. Aujourd’hui, nous pouvons détruire la Terre en un instant, mais nous avons aussi la capacité innée à créer le paradis sur terre. L’avenir de l’humanité dépend du choix que nous faisons.
Les sociétés et les nations sont composées d’individus. En regardant l’histoire, on constate que tous les conflits découlent d’un conflit à l’intérieur d’une personne. Où se trouve l’origine d’un conflit ?
Il est dû au manque de conscience de notre véritable nature, de la puissance de vie unique qui réside à l’intérieur de nous, dont nous faisons tous partie. Le rôle de la spiritualité consiste à éveiller cette conscience et à nous aider à développer des qualités telles que l’amour, l’empathie, la tolérance, la patience et l’humilité.
Faire face à la pollution intérieure
La religion est la science de l’esprit. Aujourd’hui, nous pouvons climatiser le monde extérieur, mais il nous reste à apprendre comment climatiser le mental. Nous essayons de cloner des êtres humains, mais nous n’essayons pas de créer un être humain parfait, aimant et paisible à l’intérieur de nous. L’un des rôles importants de la religion réside dans ce processus de purification.
Aujourd’hui, nous sommes conscients de la nécessité de protéger notre environnement, ce qui est bien sûr essentiel. Pourtant, nous nous inquiétons bien peu de la pollution que les pensées et actions négatives génèrent dans l’atmosphère et la conscience de l’humanité. La pollution intérieure du mental est à bien des égards plus meurtrière que la pollution chimique, car elle a le pouvoir de détruire l’humanité à tout moment. Nous devons donc purifier notre environnement mental.
Bien que les fondateurs de toutes les religions aient réalisé et mis en pratique les plus nobles idéaux dans leurs vies, nombreux sont les fidèles qui ne les respectent pas. Au lieu de se concentrer sur l’essence des principes religieux d’amour et de compassion, nous nous focalisons sur les rituels et traditions extérieurs, qui varient d’une religion à l’autre.

Les religions sont le chemin, pas le but
C’est ainsi que ces religions, initialement destinées à favoriser la paix et un sentiment d’unité entre nous, ont joué un rôle essentiel dans la propagation des guerres et des conflits. Cela ne remet pas en question l’importance des disciplines et traditions religieuses, qui ont en fait leur propre importance. Elles sont nécessaires à notre développement spirituel. Toutefois, nous ne devons pas oublier que ces traditions sont les moyens d’atteindre le but et pas le but lui-même.
Supposons qu’une personne doive traverser une rivière en bateau. Lorsqu’elle atteint l’autre rive, elle doit quitter le bateau et continuer d’avancer. Sa progression sera ralentie si elle reste accrochée au bateau. De même, nous devons accorder plus d’importance au but de la religion sans s’attacher démesurément aux moyens. Souvenons-nous que c’est la religion qui est destinée à l’humanité et non l’inverse.
Afin de résoudre les problèmes complexes et controversés comme la liberté religieuse, la conversion et le fanatisme, les chefs religieux doivent se réunir pour dialoguer avec le cœur ouvert pour trouver des solutions pratiques mutuellement acceptables.
Commencer par trouver la paix intérieure
Toutefois, pour que ces échanges soient fructueux, nous devons d’abord semer les graines de l’amour, de la paix et de la patience à l’intérieur de nous. Pour obtenir une paix durable, nous devons nous efforcer de nous débarrasser de la haine et de l’hostilité. La clé de la paix dans le monde réside à l’intérieur de chaque personne qui habite cette planète. Tout comme chaque membre d’un foyer partage la responsabilité de protéger la maison, chacun de nous partage la responsabilité de la paix dans le monde.
Les chefs de trois religions – A, B et C – ont décidé de convoquer une réunion pour apporter la paix. Dieu était si content de leurs efforts qu’il leur envoya un ange pendant la réunion. L’ange leur demanda ce qu’ils souhaitaient.
Le chef de la religion A répondit : « La religion B est responsable de tous les problèmes. Fais-la donc disparaître de la surface de la Terre ! »
Le chef de la religion B répondit : « La religion A est la cause de tous nos soucis. Tu dois la réduire en cendres ! »
L’ange fut alors déçu. Il se tourna avec impatience vers le chef de la religion C. Avec une expression empreinte d’humilité, celui-ci répondit : « Je ne souhaite rien pour moi. Cela suffira si tu exauces les prières de mes deux collègues ! »
Toutes les grandes religions portent de nobles idéaux
La paix n’est pas simplement l’absence de guerres et de conflits ; elle va bien plus loin que cela. La paix doit être favorisée à l’intérieur de l’individu, au sein de la famille et de la société. De transférer simplement des armes nucléaires présentes dans le monde dans un musée n’apportera en lui-même pas la paix. Ce sont les armes nucléaires du mental qui doivent d’abord être éliminées.
Toutes les grandes religions présentent une sagesse et une beauté infinies à partager. Au lieu d’essayer d’attirer de nouveaux fidèles, les religions devraient créer un environnement au sein duquel chacun peut accepter avec sagesse les nobles idéaux de toute religion.
Le monde de demain sera modelé par les enfants d’aujourd’hui. Il est facile de cultiver les valeurs humaines universelles dans leurs esprits sensibles. Si vous traversez plusieurs fois à pied un champ d’herbe verte tendre, vous construirez rapidement un chemin. Mais il faut d’innombrables trajets pour former un passage sur une colline rocheuse.
L’enseignement des principes spirituels et des valeurs humaines universels devrait faire partie des enseignements généraux courants, sans relever seulement de la responsabilité de la famille. Cela doit se faire sans plus attendre, au risque de perdre les générations futures.
La souffrance d’une personne est la responsabilité de tous
Nous ne devons pas perdre de vue les besoins essentiels des gens car, s’ils ne sont pas satisfaits, il est impossible que quiconque aspire à des états plus élevés de conscience et de compréhension. Si, quelque part dans le monde, des gens meurent de faim ou souffrent de pauvreté, c’est une honte pour toutes les nations.
Compte tenu de l’idéal religieux de fraternité universelle, toutes les nations qui sont en mesure d’aider devraient partager leur richesse et leurs ressources matérielles. Il y a assez pour assurer la survie de tous les êtres vivants sur cette Terre, et pourtant pas assez pour satisfaire l’avidité de quelques-uns.
Apporter de l’aide à une âme abandonnée, nourrir ceux qui ont faim, offrir un sourire compatissant à ceux qui sont tristes et rejetés – tel est le langage réel de la religion. Nous devrions invoquer la compassion de Dieu dans nos cœurs et dans nos mains. Ne vivre que pour soi-même est synonyme de mort, pas de vie.
Certains peuvent penser que le monde restera le même quels que soient nos efforts pour le changer. Œuvrer en faveur de la paix dans le monde est aussi vain qu’essayer de redresser la queue courbée d’un chien : celle-ci ne restera jamais complètement droite malgré tous nos efforts. Pourtant, avec un effort constant, nous ferons travailler nos muscles même si la queue ne reste pas droite.
De même, que nous échouions ou réussissions à apporter la paix dans le monde, nous changerons nous-mêmes pour le meilleur. Même s’il n’y a pas de changement visible, le changement à l’intérieur de nous entraînera au final un changement dans le monde.
Se focaliser sur ce qu’on peut donner plutôt que sur ce qu’on peut prendre
De plus, l’harmonie relative qui règne actuellement dans le monde résulte d’une telle force. Nous devons tirer des leçons du passé, au risque de répéter nos erreurs. Ceux qui ont fait du mal aux autres dans le passé doivent désormais accomplir des actions positives pour soulager les victimes de leur oppression passée.
Ces principes s’appliquent aux gouvernements comme aux individus. Chaque nation devrait favoriser une atmosphère de pardon, d’ouverture, d’amitié, de confiance, d’aide et de soutien pour guérir les anciennes blessures. Afin de guérir les blessures, les relations brisées doivent être recousues avec le fil de l’amour.
Pour ce faire, plus que des connaissances intellectuelles, nous devrions avoir conscience de notre unité. Concentrons-nous sur ce que nous pouvons donner aux autres – pas sur ce que nous pouvons obtenir pour nous-mêmes. Ce n’est qu’alors que nous pourrons transformer totalement notre famille mondiale. Ainsi, en vivant les idéaux des religions, nous transcendons notre étroitesse d’esprit, et nos vies deviennent des offrandes au monde.

Champs d’action des Nations Unies
Voici certains domaines problématiques mondialement reconnus pour lesquels les Nations Unies devraient accentuer leurs efforts :
1) Dans la création de Dieu, les hommes et les femmes sont égaux. Cependant, au fil des siècles, la triste condition des femmes ne s’est pas significativement améliorée. Les femmes, qui donnent naissance à l’humanité, devraient se voir assurer un rôle égal dans la société.
2) Des millions de gens souffrent du SIDA, qui continue de se propager comme un incendie. Cette maladie doit être mise sous contrôle.
3) Les Nations Unies pourraient contribuer à la transformation d’un monde de conflits en un monde de paix en formant un groupe de jeunes dans le cadre du service communautaire. Ces jeunes émissaires, accomplissant un service désintéressé dans le monde entier, inspireraient les gens à cultiver les valeurs spirituelles et humaines universelles. Ce qu’on ne peut obtenir par effusion de sang peut s’obtenir par l’amour.
4) Le terrorisme et la violence à l’encontre des êtres humains au nom de n’importe quelle religion devraient être condamnés à l’échelle internationale et des mesures fortes appropriées prises en conséquence.
Réaliser le rêve d’amour universel et d’unité
L’amour est le seul médicament capable de guérir les blessures du monde. Tout comme le corps a besoin de nourriture pour grandir, l’âme a besoin d’amour pour se développer. L’amour est plus nourrissant que le lait maternel ne l’est pour un bébé. L’amour est le fondement même, la beauté et l’accomplissement de la vie. Là où il y a de l’amour, il ne peut y avoir de conflit ; seule la paix règne alors.
Puisse la lumière de l’amour et de la paix rayonner dans vos cœurs. Puissions-nous tous devenir des messagers de la paix universelle – illuminant les cœurs de chacun, dissipant les ténèbres de la haine et les conflits qui assombrissent le monde d’aujourd’hui. Éveillons-nous vers un nouveau lendemain, rempli d’amour universel et de fraternité. N’est-ce pas le but et le rêve des Nations Unies ?
Puisse le pouvoir suprême nous accorder la grâce d’exaucer cette noble prière.
Om Lokah Samasthah Sukhino Bhavantu
Puissent tous les êtres de tous les mondes être heureux et libres.
Article paru le 29 août 2025